En Hauts-de-France, le houblon bio sert la bière

Mis à jour le 03/05/22

Des brasseurs régionaux utilisent un houblon 100 % bio et 100 % Hauts-de-France. Rencontre avec des brasseurs déterminés qui donnent du sens à leur profession. Il faut le boire pour le croire.   

Houblon bio et logique

Dans une vie antérieure, Antoine Farcy tenait un stylo. Il était professeur des écoles. Aujourd’hui, à force de serrer des vannes et de récurer des cuves, ses mains sont devenues puissantes comme deux pinces-monseigneur. Depuis quatre ans, Antoine est officiellement brasseur indépendant à Quiry-le-Sec, minuscule village aux avant-postes de la Somme méridionale.

« Au printemps, j’en serai à mon 100e brassin. J’en fais quarante par an », dit-il avant de se volatiliser. Deux minutes plus tard, le revoilà accompagné de Gingembre idéal, de Stout une histoire et de l’Avale Quiry, trois de ses bières 100 % biologiques. Pour lui, « c’était ça ou rien. » Alors quand il a vent qu’une famille d’agriculteurs de Chaussoy-Epagny, soit juste à côté, souhaite se diversifier en plantant une houblonnière bio, tout prend sens. « L’intégralité de mon houblon bio vient de chez eux », maintient-il. Soit 130 kilos pour 200 hectolitres (1) de bière par an. Ce qui représente grosso modo 1/10e de la récolte de l’EARL Tabuteau & Co. Le reste « part à moins de deux heures de route de notre exploitation », insiste le houblonnier qui érige le « consommer local » comme un étendard. On retrouve notamment son houblon dans la Jade, première bière bio de France (1986) créée à la brasserie Castelain de Bénifontaine dans le Pas-de-Calais.    

Petit monde, grande énergie

Dans les Hauts-de-France, une cinquantaine de brasseurs – soit 1/3 – utilisent du houblon biologique. Mais ils ne sont que quatre à avoir fait le choix du 100 % bio. Selon les derniers chiffres d’A Pro Bio (2), cela représente six hectares de culture, soit cinq fois moins que le houblon conventionnel.

Julien Hennon fait partie de cette génération de néo-houblonniers. En septembre dernier, sa parcelle de 1,8 ha située à Sercus près d’Hazebrouck lui a donné 1,2 tonne de cette fleur qui, de près, ressemble à un mini-artichaut. Mais contrairement à lui, le houblon requiert une attention de tous les instants. « Je surveille les plants tous les deux jours avec une loupe pour scruter la santé du feuillage », explique-t-il. Pour vitaliser ses plants et éloigner les ennuis (mildiou, oïdium, puceron, araignée rouge), Julien les pulvérise de petit lait (lactosérum) « en provenance de la ferme des Récollets de Steenvoorde. J’insiste car c’est le local qui me motive. » Son houblon se retrouve notamment dans la Belle Blond et la BBO brassées à Bailleul, à 20 km à vol d’oiseau de la houblonnière. La brasserie Bellenaert est un cas d’école. A sa création en 2017, la filière houblon bio/local était inexistante en région. « Dès que ça a été possible, on s’est lancé, explique le gérant Julien Macrelle. Aujourd’hui, toutes nos bières sont bio. » L’entrepreneur-brasseur est même allé plus loin en créant deux bars éponyme (3) où les clients peuvent savourer ses breuvages.

Le goût du partage    

            Car goûter est primordial quand on parle de bières. Sentir aussi. Pour ça, il n’y a qu’à approcher le nez d’une Drache. Tous les arômes vous enivrent avant même d’avoir bu une gorgée. « C’est la magie du métier », rigole Jérémy Wattelier. Nous sommes à Carvin dans le Pas-de-Calais. Dans un hangar où les cuves s’appellent Lemmy, Angus, Jimi. Référence à des guitaristes de légende (4). L’une d’elles est une ancienne cuve de pâte à crêpe industrielle reconditionnée.

Tous les premiers samedis du mois, la brasserie Wattbeer ouvre au public. Les amateurs découvrent un univers de passionnés qui défendent des valeurs simples avec vigueur. « Le choix du houblon 100 % bio était une évidence. Le monde change. Il faut le préserver », synthétise notre guide. Pour sa dernière Saison éphémère, Jérémy a utilisé le houblon bio de type Chinook de Riquier Thévenin à Méteren dans les Flandres. « Une variété aromatique avec des notes de fruit de la passion », précise le houblonnier qui produit aussi du houblon bio Cascade, Golding et Magnum sur un hectare. Une superficie qui devrait  doubler prochainement. Le houblon bio ne craint pas le vent quand il l’a en poupe bien sûr.       

Brasserie à la Noye, 2, rue Folleville – 80 250 Quiry-le-Sec – www.brasseriealanoye.fr
Brasserie Bellenaert, 4662, route de la Belle Croix – 59 270 Bailleul – www.bellenaert.beer
Brasserie Wattbeer, 67, rue Victor Hugo – 62 220 Carvin – www.ladrache.fr


(1) 20 000 litres
2) Association à caractère interprofessionnel, A Pro Bio est engagée depuis 1994 au service de la filière biologique des Hauts-de-France. Ses missions consistent notamment à structurer et défendre les intérêts des acteurs du bio local.
(3) Le Bellenaert Café à Bailleul et à Dunkerque.
(4) Lemmy Kilmister de Motörhead, Angus Young d’AC/DC et Jimi Hendrix.

Texte : Joffrey Levalleux

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